Un professeur de collège visé par un tag antisémite

Un
enseignant de « Marcel Cachin », au Blanc-Mesnil, a été la cible, fin
novembre, d’une inscription anti-juive. Ses collègues s’en désolent et
la CPE y voit l’influence, chez certains élèves, de Dieudonné.


Une
mauvaise surprise attendait les élèves du Collège Marcel Cachin, le 25
novembre, au Blanc-Mesnil. Un tag antisémite. La cible : un professeur
de mathématiques de l’établissement. Son nom de famille inscrit sur le
mur principal de l’école, avec une croix gammée : « X (patronyme) sal
juif ». Cet enseignant, qui souhaite ici garder l’anonymat, je l’ai eu
pendant deux années de ma scolarité à « Cachin ». Je me souviens de lui
comme d’un pilier du collège. La discipline, pour lui, amène l’élève à
l’excellence.

« Nous, l’équipe pédagogique, avons été choqués de cet acte antisémite »,
me déclare la conseillère principale d’éducation. Selon elle, certains
élèves en ont rit à la vision de ce tag, d’autres se sont montrés
curieux, certains ont été choqués et se sont confiés à leurs parents,
qui, en guise de soutien au professeur, ont appelé le collège. Le
lendemain de la découverte de cette inscription, le principal a envoyé
une note aux familles, dans le but de leur faire prendre conscience du
geste. Les professeurs, eux, ont fait une intervention de 10 à 15
minutes dans leur classe pour expliquer aux élèves la gravité du geste,
qui peut leur sembler, à première vue, anodin. Le tag, depuis, a été
recouvert de peinture.

« Nous ne voulions pas dramatiser en consacrant à cet acte une matinée entière d’explication, sinon les élèves auraient pu
être tentés par d’autres actes similaires pour rater des cours »
, raconte la CPE. Selon elle, certains élèves n’ont pas assez de recul, des parents n’ont pas les mots pour expliquer à
leurs enfants la portée de certaines paroles. « A mon époque, reprend la CPE, l’école était un ascenseur social, et on voulait toujours apprendre plus ;
aujourd’hui, malheureusement, l’instruction recule et autre chose avance, c’est le problème. »

« La bêtise n’épargne personne »,
dit-elle en s’inspirant d’une expression de Coluche. Ce tag, veut-elle
croire, serait plutôt l’acte d’une personne ignorante que d’une
personne antisémite. Son auteur, ajoute-t-elle, aurait été influencé
par des idées véhiculées dans les banlieues, et par celui qui y fait
parfois figure d’idole : Dieudonné.

En
revoyant mon ancien professeur de maths, je me remémore des cours en
salle 1, dans une atmosphère pythagorienne, où flottent dans l’air des
x au carré. « Il y a des choses plus graves, c’est lamentable, je ne veux pas que le mot "juif" devienne une insulte »,
dit-il. Le professeur, âgé de 33 ans, est arrivé il y a 10 ans à
« Cachin ». C’est la première fois, depuis l’inauguration de
l’établissement, le 23 janvier 1971, qu’un tel acte y est commis.

Le
professeur visé a décidé de porter plainte, pour diffamation et propos
antisémites. Le principal a porté plainte au nom de l’établissement
pour intrusion et vandalisme. Les policiers l’ont interrogé sur
d’éventuels suspects, mais aucun nom n’est apparemment ressorti. « Ce qui m’a déçu, c’est de voir certains
élèves studieux venir voir ça comme s’il s’agissait d’un spectacle »
, regrette le prof de maths. Il se dit prêt à faire une 11e année et affirme ne pas se sentir intimidé par les
élèves.

Yassine, scolarisé en 5e, dit n’avoir pas particulièrement prêté attention au tag. Selon lui, d’autres élèves « ont pris ça
comme un truc de ouf ! »
. Il se passe des trucs de ouf, en ce moment, au Blanc-Mesnil…

Source : de Kahina Mekdem pour
Bondyblog

Photo : la partie du mur où se trouvait
le tag (à gauche de la porte bleue) a été recouverte d’une peinture blanche.

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