Daniel
 Pipes

Liste de diffusion de Daniel Pipes
27 novembre 2009

 
  Page d’accueil    |    Articles    |    Annulation  

Islamisme 2.0

par Daniel Pipes
Jerusalem Post
25 novembre 2009

http://fr.danielpipes.org/7781/islamisme

Version originale anglaise: Islamism 2.0
Adaptation française: Anne-Marie Delcambre de Champvert

Pour emprunter une expression employée en
informatique, si l’ayatollah Khomeiny, Osama ben Laden et Nidal Hassan
représentent l’islamisme 1.0, Recep Tayyip Erdogan (le Premier ministre
de Turquie), Tariq Ramadan (un intellectuel suisse) et Keith Ellison
(un membre du Congrès des Etats-Unis) représentent l’islamisme 2.0. Le
premier [l’islamisme 1.0] tue plus de personnes mais le deuxième
[islamisme 2.0] présente une plus grande menace pour la civilisation
occidentale.

Hussam
Ayloush (E) a accueilli le membre du congrès M.Keith Ellison
(Démocrate-Minn) lors d’une manifestation du CAIR, en novembre 2007.

La version 1.0 attaque ceux qui sont perçus comme
faisant obstacle à son objectif de [créer] une société gouvernée par un
califat mondial et entièrement régie par la charia (loi islamique). Les
tactiques premières de l’islamisme – du régime totalitaire au
méga-terrorisme- englobent la brutalité sans limite. Trois mille morts
dans une attaque ? La recherche de Ben Laden pour avoir des armes
atomiques suggère que le bilan meurtrier pourrait être cent ou même
mille fois supérieur.

Toutefois, un examen des trois dernières décennies, depuis que
l’islamisme est devenu une force politique importante, montre que la
violence seule fonctionne rarement. Les survivants du terrorisme
capitulent rarement devant l’islam radical, [en tout cas] pas après
l’assassinat d’Anouar el-Sadate en Egypte en 1981, ni après les
attaques du 11 septembre, les attentats à la bombe de Bali de 2002, les
attentats à la bombe de Madrid en 2004, les attentats à la bombe
d’Amman de 2005 ou les campagnes terroristes en Israël, en Irak, en
Afghanistan et au Pakistan. . Le terrorisme cause un dommage physique,
tue et intimide mais il renverse rarement l’ordre existant.

Imaginez si les islamistes avaient causé la dévastation de l’ouragan
Katrina ou du Tsunami de 2004, que pourraient-ils avoir atteint comme
effet durable ?

La violence non terroriste visant à appliquer la charia ne fait
guère mieux. La Révolution (ce qui signifie une révolte sociale sur une
grande échelle) a porté les islamistes au pouvoir, à chaque fois juste
en un seul endroit – l’Iran en 1978-79. De même, le coup d’état ( un
renversement militaire) porte les islamistes au pouvoir une seule fois–
Soudan en 1989. Idem pour la guerre civile- l’Afghanistan en 1996.

Si la violence de l’islamisme 1.0 réussit rarement à transmettre la
charia, la stratégie de l’islamisme 2.0, qui est de collaborer avec le
système, fait mieux.

Les Islamistes, habiles à gagner l’opinion publique, représentent la
principale force d’opposition dans les pays à majorité musulmane comme
le Maroc, l’Egypte, le Liban et le Koweit. Les islamistes ont connu un
succès électoral en Algérie en 1992, au Bangladesh en 2001, en Turquie
en 2002 et en Irak en 2005.

Une fois au pouvoir, ils peuvent faire avancer le pays en direction
de la charia. Alors que Mahmoud Ahmadinejad fait face à la colère des
manifestants de la rue iranienne et que Ben Laden se cache dans une
cave, Erdogan jouit de l’approbation publique, refait la République de
Turquie, et propose un modèle séduisant pour les islamistes du monde
entier.

Sayyid Imam al-Sharif , le théoricien égyptien d’Al-Qaïda, a changé son approche et approuve maintenant l’islamisme légal.

Reconnaissant ce modèle, un théoricien de premier plan
d’al-Qaïda a publiquement désavoué le terrorisme et adopté des moyens
politiques. Sayyid Imam al-Sharif (né en 1950, également connu sous «
le nom de guerre » de Dr Fadl) fut accusé d’avoir aidé à assassiner
Sadate. En 1988, il publia un livre qui plaidait en faveur du djihad
perpétuel et violent contre l’occident. Avec le temps, cependant,
Sharif a observé l’inutilité d’attaques violentes et plutôt préconisé
une stratégie d’infiltration de l’Etat et d’influence de la société.

Dans un livre récent, il a condamné l’usage de la force contre les
musulmans (« chaque goutte de sang qui fut versée ou est en train
d’être versée en Afghanistan et en Irak la responsabilité en incombe à
Ben Laden, à Zawahiri et leurs partisans ») et même contre les
non-musulmans (le 11 septembre fut contreproductif car « à quoi bon si
vous détruisez un des bâtiments de votre ennemi et qu’il détruit l’un
de vos pays ? A quoi bon si vous tuez un de ses hommes et il tue mille
des vôtres ?)

L’évolution de Sharif, de théoricien du terrorisme à défenseur de la
transformation [en moyens] légaux, a des échos beaucoup plus larges. En
conséquence, comme le note l’écrivain Lawrence Wright, sa défection
représente une « menace terrible » pour Al-Qaïda. D’autres, autrefois
des organisations islamistes violentes, en Algérie, en Egypte et en
Syrie, ont reconnu ce qu’ils pouvaient tirer de l’islamisme légal et
ils ont en grande partie renoncé à la violence. On voit aussi un
changement parallèle dans les pays occidentaux, Ramadan et Ellison
représentent une tendance en plein essor.

( Ce qu’on pourrait appeler islamisme 1.5- une combinaison de moyens
durs et doux, des approches externes et internes- fonctionne aussi. Il
implique que des islamistes amadouent l’ennemi, puis les éléments
violents s’emparent du pouvoir. La prise de pouvoir du Hamas à Gaza a
prouvé que cette combinaison pouvait fonctionner : gagner les élections
en 2006, puis susciter une violente insurrection en 2007. Des processus
similaires sont peut-être en cours au Pakistan. Le Royaume-Uni pourrait
être soumis au processus inverse, dans lequel la violence crèe une
ouverture politique. )

En conclusion, seuls les islamistes, et non pas les fascistes ou les
communistes, sont allés bien au-delà de la force brutale pour gagner le
soutien populaire et développer une version 2.0. Parce que cet aspect
de l’islamisme sape les valeurs traditionnelles et détruit les
libertés, il peut menacer le mode de vie civilisé, et même plus que ne
le fait la brutalité de 1.0.

Thèmes connexes:  Islam militant

Publicités