Antisionisme et antisémitisme une certaine proximité
Des historiens et analystes comme Anne Grynberg, Georges Bensoussan ou le professeur de sciences politiques israélien Ilan Greilsammer[estiment que l’antisionisme n’admet pas que le seul peuple qui n’ait pas droit à une organisation politique, et une existence politi.que, soit le peuple juif, ce qui relève selon eux de l’antisémitisme. G. Bensoussan rappelle que loin de mettre fin à la diaspora, le mouvement national juif a au contraire contribué à la renforcer en concevant une identité juive laïcisée. Le philosophe Vladimir Jankélévitch a estimé que l’antisionisme était une manière politiquement correcte d’être antisémite, « au nom de la démocratie » : « L’antisionisme est une incroyable aubaine, car il nous donne la permission – et même le droit, et même le devoir – d’être antisémite au nom de la démocratie ! L’antisionisme est l’antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les juifs étaient eux-mêmes des nazis ? Ce serait merveilleux[. » Ou encore Antoine Spire, alors membre de la direction nationale de la Ligue des droits de l’homme avant de la quitter[
: « Aujourd’hui, l’antisionisme, même s’il ne se veut pas antisémite, vise non seulement la politique israelienne , mais aussi Israël et son lien avec ses soutiens en diaspora qu’on accuse sans toujours aller y voir d’inconditionnalité ; il en vient à récuser l’existence même d’un État juif. C’est là que peut se nouer le lien entre antisionisme et antisémitisme :
de l’antisionisme au vœu de disparition de l’État hébreu, il n’y a qu’un fil,
et de la disparition de l’État hébreu à la haine de ceux qui militent pour le droit à l’existence de l’État d’Israël, il n’y a qu’un pas ]. Selon le rapport Ruffin de 2004, remis au Premier ministre français, il émerge une forme d’antisémitisme par procuration que constitue l’antisionisme radical […] fortement représenté au sein d’une mouvance d’extrême gauche altermondialiste et verte
]. En 2005, l’Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes, qui fait partie du Conseil de l’Europe, définit une relation entre anti-sionisme et antisémitisme. Il précise quelles sont selon lui les manières d’attaquer Israël ou le sionisme qui sont susceptibles de relever de l’antisémitisme
En 2006, les chercheurs Kaplan et Small ont analysé la prévalence de l’antisémitisme dans les milieux antisionistes
. Dans leur résumé ils précisent : « en se basant sur l’enquête de 500 citoyens dans chacun de 10 pays européens, les auteurs se demandent si les individus ayant des vues extrêmement anti-israéliennes ont plus de probabilité d’être antisémites », et ils contrôlent ces données « selon de nombreux facteurs perturbants potentiels ». Ils ont trouvé, au cours de l’enquête sur échantillon, que « des sentiments anti-israéliens permettent de prédire de manière consistante la probabilité que l’individu soit antisémite, cette probabilité d’antisémitisme mesuré croissant en même temps que l’étendue des sentiments anti-israéliens observés ». Ainsi, selon les auteurs, si l’on sélectionne les Européens qui pensent qu’Israël est un « État d’apartheid » et qui croient que « les forces israéliennes visent délibérément des civils Palestiniens », alors ce groupe contiendra bien plus d’antisémites que la moyenne européenne. Le sentiment antisioniste à l’échelle internationale, de même que l’antisionisme au sein des États, suit principalement les événements du Proche-Orient. Ainsi, l’invasion américaine de l’Irak en 2003 ravive l’antisionisme dans certains pays. En novembre 2008, le Premier ministre belge Yves Leterme déclare à la commémoration de la Nuit de Cristal que le nouvel antisionisme cache l’antisémitisme[59]. L’universitaire britannique David Hirsh (Goldsmiths College, University of London) s’est penché sur la question de la proximité entre antisémitisme et antisionisme dans un working paper pour l’université Yale intitulé « Anti-Zionism and Antisemitism: Cosmopolitan Reflections »[60]. Il tire de cette étude les conclusions suivantes : « Parfois la critique d’Israël est antisémite », de même que parfois la critique d’Hillary Clinton est misogyne, et parfois la critique du Zimbabwe est raciste. À la question : « Est-ce que la critique d’Israël est nécessairement antisémite ? », il répond : « Non, bien sûr que non, mais qui a prétendu qu’elle l’était ? Il y a très peu de portes-parole de la communauté juive ou de politiciens israéliens qui sont prêts à clamer de telles évidentes faussetés. L’affirmation que la critique d’Israël serait nécessairement antisémite fonctionne presque toujours comme un argument d’homme de paille. Les difficiles discussions auxquelles les "critiques d’Israël" doivent se confronter sont que la critique d’Israël est souvent exprimée en usant d’une rhétorique ou d’images qui résonnent avec l’antisémitisme ; ou que la critique jauge souvent Israël selon des standards plus élevés que pour les autres Etats, et pour aucune bonne raison ; ou qu’elle emploie souvent une théorie du complot ; ou qu’elle utilise des analogies diabolisantes ; ou qu’elle attribue aux Juifs le rôle d’oppresseurs ; ou que la critique est faite d’une telle manière qu’elle cherche à provoquer la vaste majorité des Juifs ; ou que le mot "critique" est en réalité utilisé pour représenter des pratiques discriminatoires envers les Israéliens ou contre les Juifs [David Hirsh fait allusion au boycott des universités israéliennes proclamé alors en Grande-Bretagne]. Ces charges bien plus sérieuses et réalistes sont trop souvent balayées par l’emploi allègre de la formulation de Livingstone : "depuis bien trop longtemps l’accusation d’antisémitisme a été utilisée contre quiconque est critique envers les politiques du gouvernement israélien" (Livingstone, 2006).
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