« L’antisionisme est une sorte d’antisémitisme sous la burqa. C’est un antisémitisme qui ne s’assume pas. » (1ère partie)
Une interview exclusive de Mohamed Sifaoui par Jeff Bellaiche et Michaël Bloch pour Guysen International News
Vendredi 18 septembre 2009 à 13:19

Mohamed Sifaoui, journaliste menacé en Algérie et installé en France a accordé une interview exclusive à Guysen International News à l’occasion de la sortie de sa Bande dessinée sur Ben Laden (« Ben Laden dévoilé » par Philippe Bercovici et Mohamed Sifaoui aux éditions 12 Bis). Au cours de cet entretien, il expose sa réflexion sur le racisme, l’antisionisme et l’antisémitisme avant de nous faire part de son nouveau concept : « l’antisémisionisme… »

Guysen : Vous avez vu la vidéo de Brice Hortefeux qui fait polémique en ce moment en France. Selon vous, c’est une blague qui a été mal interprétée ou c’est tout simplement du racisme de la part du ministre de l’Intérieur ?

Mohamed Sifaoui : Bon d’abord, Brice Hortefeux, je n’avais pas connaissance de ces talents d’humoriste. On a un humoriste en France que je condamne régulièrement, c’est Dieudonné. Il essaye de faire des blagues, c’est son travail, c’est un humoriste. Pourtant, certains le condamnent régulièrement pour ces propos et j’en fais partie. J’apprécierais aujourd’hui qu’on arrête de « couper un cheveu en quatre ». Il y a un dérapage raciste qui a été fait par le ministre de l’intérieur. Il faut que la condamnation soit claire. A ce titre, je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas de consensus. Si on commence à défendre non pas des valeurs mais des chapelles, on est tous foutus. Moi j’ai l’habitude de défendre les valeurs. Je ne transige pas sur cette question là.

Je rappelle toutefois que Brice Hortefeux a des antécédents, malheureusement… Il a des antécédents avec Fadela Amara ou Azouz Begag ministre du gouvernement Villepin qui a signalé un certain nombre de propos inacceptables tenus par Hortefeux.
Le ministre de l’Intérieur qui est chargé de régler de nombreux problèmes en France, en particulier la sécurité, se doit d’être exemplaire. Or aujourd’hui, je n’ai pas l’impression que ce ministre soit irréprochable.
 
« Quand un membre du gouvernement (Brice Hortefeux)
dérape à ce point, il doit démissionner.
Une République ne doit pas tricher
avec la lutte contre le racisme. »
 
 
Guysen : Comment vous expliquez alors que le CFCM ou la LICRA ait consenti à clore la polémique en acceptant les regrets d’Hortefeux?
 
Mohamed Sifaoui : Le comportement de la LICRA est pour moi inacceptable ! Je n’en dirais pas plus. Elle n’a pas à donner l’absolution à un ministre. Et pourtant je connais Patrick Gaubert (président de la LICRA) que je considère comme un ami. Mais, à l’occasion j’aurais une franche discussion à ce sujet avec lui.
Ensuite, ce n’est pas aux Imams d’accorder l’absolution aux ministres. Eux qui sont connus pour leur lâcheté… Moi j’estime qu’Hortefeux a dérapé, qu’ensuite il a menti puis il s’est excusé. Il faut qu’il reconnaisse clairement qu’il a dérapé sans nous dire que c’est la polémique qui aurait heurté les gens. Ce n’est pas la polémique qui a heurté les gens, ce sont ses paroles. Ce sont ses propos qui m’ont heurté. On est dans une République de tolérance zéro. Moi aussi, je suis dans la tolérance zéro à l’égard du gouvernement. Quand un membre du gouvernement dérape à ce point, il doit démissionner. Une République ne doit pas tricher avec la lutte contre le racisme.
 
« Je ne fais pas de différence entre
l’antisémitisme et l’antisionisme,
il s’agit pour moi ‘d’antisémisionisme’ »
 
Guysen : Vous êtes contre la nomination de Farouk Hosni en tant que directeur de l’UNESCO. Pourquoi ?
 
Mohamed Sifaoui : Je suis contre parce que c’est quelqu’un qui n’est pas digne de représenter une organisation comme l’UNESCO. En l’occurrence, nous le connaissons par son parcours. Cela fait vingt ans qu’il est ministre de la culture en Egypte. Pendant ces vingt ans, il a poursuivi les intellectuels. Il a entretenu le délit d’opinion en quelque sorte, puisque des journalistes et des intellectuels ont été emprisonnés en Egypte. Ensuite, c’est quelqu’un qui a favorisé la censure. Et par ailleurs, il s’est illustré par des dérapages antisémites inacceptables. Or, quelqu’un qui doit diriger l’UNESCO se doit d’être irréprochable. Nous sommes un peu dans un cas, toutes proportions gardées, proche de celui de Brice Hortefeux. Quand on brigue des postes de haute responsabilité, à l’échelle nationale ou internationale, on se doit d’être indiscutable.
 
 
Guysen : Comment vous expliquez alors que quelqu’un comme S. Klarsfeld soutient la nomination de Farouk Hosni à l’UNESCO ?
 
Mohamed Sifaoui : Vous savez, il y a des choses qu’on n’arrive pas à s’expliquer. Peut être que Serge Klarsfeld a des intérêts personnels que nous ne voyons pas, peut être qu’il a une subjectivité, qu’il le connait personnellement. Je n’en sais strictement rien, donc je ne porterais pas de jugement. Effectivement, je trouve ça extrêmement bizarre. Quelqu’un comme Klarsfeld n’a pas à soutenir, d’une part une personne qui s’est illustrée par des propos antisémites, et par ailleurs, par un positionnement politique loin d’être exemplaire du point de vue de la démocratie et de la liberté d’expression.
 
 
Guysen : Hosni fait tout de même preuve d’un certain progressisme. Il dit «ne pas aimer le port du voile» et s’opposer carrément à celui de la burqa. Qu’en pensez-vous ?
 
Mohamed Sifaoui : Ouais… Non mais attendez ! Moi, ce n’est pas là que je place le curseur. Il ne suffit pas de dire : « je suis contre la burqa » pour être un chantre des droits de l’Homme et de la démocratie. Je peux aussi vous citer d’illustres extrémistes qui sont aussi contre la burqa. Posez la question à Jean Marie Le Pen en France, vous verrez … Ce n’est pas parce qu’Hosni est contre la burqa, que c’est pout autant une personnalité politique respectable ou un grand démocrate.
 
 
Guysen : Tout à l’heure, vous avez fait allusion à un certain nombre de déclarations polémiques de la part de Farouk Hosni (en particulier « S’il s’y trouve des livres israéliens dans les bibliothèques égyptiennes, je veux les brûler moi-même.»). Pensez vous que ces propos sont plutôt de l’antisionisme ou de l’antisémitisme ?
 
Mohamed Sifaoui : Je ne fais pas de différence, excusez moi ! Je parle désormais, depuis quelques temps, d’antisémisionisme.
 
« L’antisionisme, c’est une manière de dire aux juifs
de ne pas avoir de lien avec Israël. L’antisionisme,
c’est appeler directement à la destruction d’un
Etat et cela pour moi est inacceptable. »
 
 
Guysen : Pourquoi selon vous, ces deux notions sont liées ?
 
Mohamed Sifaoui : L’antisionisme est une sorte d’antisémitisme sous la burqa. C’est un antisémitisme qui ne s’assume pas. L’antisionisme, c’est une manière de dire qu’en tant que juif, vous n’avez pas le droit d’être israélien. Vous n’avez pas le droit d’aspirer à une terre où vous seriez majoritaire. Vous devez vivre éternellement en minorité disséminée en diaspora. L’antisionisme, c’est une manière de dire aux juifs de ne pas avoir de lien avec Israël. L’antisionisme, c’est appeler directement à la destruction d’un Etat et cela pour moi est inacceptable.
Ce qui me sidère, c’est que c’est le seul état au monde – et bien que je sois très critique à l’égard du gouvernement actuel que je n’apprécie pas du tout – qui doit subir ça. Si on commence à énumérer le nombre d’Etats qui ne devraient plus exister parce qu’ils sont gérés par des gens détestables, la liste serait très longue. Je commencerais par le Soudan qui devrait être rayé de la surface de la terre, de la Chine qui n’est pas un modèle de bonne gouvernance, par la moitié du monde arabe, par les trois quart du continent Africain et par un bon tiers du continent asiatique. Vous voyez ce qui va rester… A un moment donné, il faut être extrêmement ferme et très clair sur ces questions. Pour moi, l’antisionisme ce n’est pas autre chose qu’appeler à la destruction d’un Etat et cela est totalement inacceptable.
Publicités