Quand la joie est réalité

Le mois de Adar


A l’œil nu, rien n’y paraît peut-être mais quelque chose d’essentiel, à la fois subtil et profond, vient de changer dans le monde : le mois de Adar commence cette semaine. Il faut s’arrêter un instant, imposer silence au tumulte extérieur et sentir une joie nouvelle monter comme la sève dans les arbres au temps du renouveau. C’est que la joie du mois qui commence est différente de toutes les autres. Elle ne se laisse dissiper par rien. Elle grandit de tout ce qu’elle voit ou touche et entraîne chacun dans une élévation constante. Les Sages n’ont pas dit autre chose : « Quand entre le mois de Adar, on multiplie la joie ».

Mais la joie peut-elle être simplement liée à l’arrivée d’un mois ? Tout se passe comme s’il s’agissait de fermer les yeux sur la réalité des choses, comme si problèmes et difficultés n’existaient plus, comme si, enfin, l’humanité toute entière avançait indéniablement dans la direction d’un bonheur assuré ! Hommes et femmes de ce monde, nous savons tous que, si une telle félicité reste bien dans le champ de notre espérance, elle n’appartient pas pour autant, à ce jour, au domaine du concret. Comment, dès lors, vivre une joie qui doit être, par nature, sans pareille ?

C’est justement là tout à la fois la puissance et le défi du mois de Adar. Eclairé depuis son début par la fête de Pourim qui, en son sein, incarne ce brutal passage des ténèbres à la lumière, de l’angoisse à l’allégresse, il porte en lui une véritable force de transformation. Il illumine chacun des jours qui passent de cette perspective indépassable. Ce mois habité a ainsi comme une texture différente. Il est, minute après minute, notre cadre de vie obligatoire pendant la période, quelles que soient nos activités, et, pour cette raison, c’est toute notre existence qui en est transformée. Il n’est pas nécessaire de fuir une réalité parfois morose pour cela. A présent, notre âme lui donne sens. Et ce sens est celui de la joie et de la lumière.

Cette année, ces idées ont encore une portée plus large. Du fait des particularités du calendrier juif, l’année compte treize mois, le mois ajouté étant un Adar supplémentaire. Il porte le numéro I tandis que le Adar régulier portera le numéro II. C’est dire que ce n’est pas de trente jours exceptionnels que nous disposons mais bien de soixante. C’est dire aussi que chaque seconde en devient encore plus précieuse. A présent tout est possible. Puisse la joie être, pour chacun, action.

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