Sderot, une ville traumatisée
21 janvier 2008Jerusalem Post édition française

Epuisés par les tirs de roquettes depuis la bande de Gaza voisine, environ un septième des habitants de Sderot ont quitté la ville. Et nombreux sont ceux qui feraient de même s’ils le pouvaient. Le maire estime que la vie y est devenue « impossible ». L’objectif des terroristes palestiniens est simple : faire de Sderot une ville-fantôme. Si ce scénario semble peu réaliste en Israël, les tirs incessants de roquettes Kassam entraînent un peu plus l’Etat hébreu vers une épreuve de force avec le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza.

Les roquettes tirées sont de type artisanal, et peu précises. Mais depuis six ans, elles ont fait douze morts à Sderot et dans les villages voisins, blessant également des dizaines de personnes et causant plusieurs millions de dollars de dégâts.

Pour les 24 000 habitants de la ville, le plus difficile à vivre, c’est la peur constante de ne jamais savoir quand tombera la prochaine roquette. « Je craque, ça me tue, ça tue ma famille », confie Shoulamit Sasson, 44 ans. Les sept membres de sa famille dorment côte à côte sur des matelas disposés dans la salle à manger, proche d’un abri.

Deux de ses enfants ont peur de se laver ou tout simplement de se déshabiller, par crainte de ne pas être prêts en cas d’alerte. Son fils âgé de 13 ans urine dans son slip chaque fois que les haut-parleurs beuglent « tseva adom », c’est-à-dire « couleur rouge », le nom de code qui prévient qu’une roquette va tomber dans moins d’une minute.

Ce mois-ci, une roquette a atterri à côté de la maison des Sasson, faisant voler les vitres en éclats. Shoulamit Sasson explique qu’elle a été hospitalisée pendant cinq jours sous le choc.

En juillet dernier, le Centre pour les victimes du terrorisme et de la guerre, un organisme à but non lucratif qui travaille avec l’Université de Tel-Aviv, a interrogé 500 habitants de Sderot : 91,9% avaient déjà vu une roquette tomber non loin d’eux et 48,4% connaissaient une personne tuée par un tir. Conséquence, 28,4% des adultes présentaient des formes de stress post-traumatique.

« Ce ne sont pas des personnes qui se sentent simplement mal. Elles sont réveillées en plein milieu de la nuit par leurs propres pensées, par leurs propres peurs, par le souvenir de ces peurs », souligne Marc Gelkopf, l’auteur de l’enquête. « Nous parlons de personnes sous pression qui ne parviennent pas à mener une vie de couple. Des personnes qui ne parviennent pas à conserver leur travail ».

Shoulamit Sasson raconte qu’une roquette est tombée il y a quatre ans près de son fils, Raziel, neuf ans à l’époque, dans une cour d’école. Depuis lors, elle a cessé de travailler et son garçon ne s’en est jamais vraiment remis. « Mon fils va à l’école, entend une sirène, mouille sa culotte et revient à la maison, est-ce que c’est normal ? Un garçon de 13 ans qui a besoin que je vienne avec lui dans la douche, est-ce que c’est normal ? Je dois rester près de lui quand il va dans la salle de bains, est-ce que c’est normal ? » lance-t-elle.

Quoi qu’il en soit, l’exode a déjà commencé à Sderot, qui est située à deux kilomètres à peine de la bande de Gaza. La municipalité n’a pas de chiffre précis, mais selon les estimations de Rafi Levi, responsable de la perception des impôts, environ 3 500 habitants ont fui depuis un pic dans les attaques de roquettes en milieu d’année 2006. D’après l’institut de sondage Dahaf, se basant sur l’entretien de 500 sondés, 64% des personnes interrogées dans la région aimeraient partir.

Dans les agences immobilières, les panneaux « A vendre » ne manquent pas. Selon un agent immobilier, Alex Aviram, le prix des habitations a reculé de plus de 50% et il devient impossible de vendre son bien et de refaire sa vie ailleurs. Quant au maire, Eli Moyal, il avait reconnu en décembre que la situation était devenue « impossible ».

Des jeunes n’ont qu’une hâte : partir. Simha Avraham, 17 ans, s’en ira une fois son diplôme en poche. « Même si c’est tranquille, c’est effrayant. On sait que quelque chose va bientôt se produire », confie-t-elle. Près d’elle, Keren Abouksis, 18 ans, reste silencieuse. Sa soeur aînée a été tuée par une roquette trois ans auparavant

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