Les juifs du Brésil

dimanche 3 décembre 2006

L’histoire des juifs du Brésil se divise en deux périodes. Celle allant de 1500 au XVIIe siècle marqué essentiellement par l’histoire de juifs officiellement nouveaux chrétiens fuyants les persécutions portugaises. Celle enfin, à partir du 19e siècle, qui est celle d’une communauté juive moderne et dynamique. <!–3 décembre 2006, par Yeshaya Dalsace –>

L’histoire des juifs du Brésil prend son départ en 1500 lorsque l’amiral portugais Pedro Alvarez Cabral mis le pied sur ce nouveau territoire, il était accompagné par au moins un juif de naissance Gaspar da Gama qui avait été kidnappé en Inde et baptisée de force trois ans auparavant. En 1502 un groupe de nouveaux chrétiens dirigés par Fernando de Noronha obtint la permission du roi du Portugal Manuel Ier de coloniser et exploiter des terrains. Au départ ils étaient principalement marchands de bois du Brésil vers le Portugal. Il semble que ce soit eux qui introduisirent la canne à sucre au Brésil au début du XVIe siècle. L’une des toutes premières plantations de sucre en 1550 était la propriété d’un nouveau chrétien Diego Dias Fernandes. Une grande partie des implantations agricoles appartenait alors à de nouveaux chrétiens. Ceux-ci étaient parfois de sincères catholiques, mais la plupart judaïsaient en secret.

L’inquisition ne fut jamais formellement introduite au Brésil, cependant en 1580, l’archevêque de Bahia reçut de Lisbonne le pouvoir d’investigation. À partir de 1591, le saint office du Portugal envoya des commissaires inquisiteurs au Brésil. Lorsqu’ils soupçonnaient quelqu’un de judaïser, ils l’envoyaient à Lisbonne pour enquête.

En 1624, le Brésil comportait 50 000 habitants européens dont un grand pourcentage de nouveaux chrétiens. L’auteur du premier poème écrit au Brésil, le ProsopopMia, était un nouveau chrétien du nom de Bento Teixeira Pinto. De même que l’auteur du très fameux DiFlogos das Grandezas do Brasil.

Vers la fin du XVIe siècle, Amsterdam devint un important centre de judaïsme marrane. Lorsque la compagnie des Indes, aidée par le gouvernement hollandais, se lança dans des expéditions au Brésil, les juifs d’Amsterdam y prirent une large part. Il y eut une guerre entre l’Espagne et le Portugal contre la Hollande. Bahia fut prise d’assaut. En 1625, lorsque les Portugais reprirent la ville, ils pendirent un groupe de cinq nouveaux chrétiens qui étaient officiellement revenus au judaïsme. En 1630, les hollandais revinrent à nouveau et de nombreux nouveaux chrétiens se firent circoncire et retournèrent officiellement au judaïsme. Des synagogues furent construites à Recife et Paraiba.

Des juifs, hélas, prirent également une large part dans le commerce d’esclaves. Les esclaves noirs préféraient généralement travailler dans des plantations juives car ils profitaient de deux jours de repos, le samedi et le dimanche, contrairement aux plantations chrétiennes ou seul le dimanche était respecté.

En 1638, un groupe de 200 juifs dirigés par Manoel Mendes de Castro, arrivèrent sur deux bateaux venus de Hollande. La communauté de Recife devint florissante et fit venir des autorités rabbiniques de Hollande. Isaac de Castro, un jeune juif fut arrêté par les Portugais pour avoir enseigné les rites du judaïsme à des marranes. Il fut envoyé à Lisbonne et brûlé en place publique.

À plusieurs reprises, des juifs furent accusés par les Portugais de traîtrise, emmenés à Lisbonne puis exécutés.

On doit aux juifs brésiliens la première responsa halakhique du continent américain ainsi que le premier poème en hébreu.

Dans la partie hollandaise du Brésil, 50 % de la population européenne était juive. Beaucoup moururent au combat contre les Portugais. Après la défaite des hollandais, de nombreux juifs partirent pour la Hollande. En 1654, les juifs hollandais furent officiellement expulsés du Brésil. Une partie d’entre eux s’installèrent dans les îles Caraïbes où ils introduisirent la canne à sucre. Un groupe de 23 d’entre eux accosta à la Nouvelle Amsterdam, la future New York, où ils fondèrent la première communauté juive. Il restait néanmoins de nombreux nouveaux chrétiens au Brésil.

Au XVIIe siècle, plusieurs centaines de marranes brésiliens furent envoyés à Lisbonne pour y être brûlé en autodafé. Les confiscations des biens des marranes étaient tellement importantes qu’elles perturbèrent gravement le commerce entre le Brésil et le Portugal. Mais la plupart des marranes s’assimilèrent peu à peu et toute présence visible disparue. Il faudra attendre 1822 et l’indépendance du Brésil, pour que la communauté juive trouve un nouvel essor.

Un destin marrane particulièrement frappant est celui d’Antonio da Silva (1705–1739) connue sous le pseudonyme de « o Judeu » « le Juif ». Né à Rio de Janeiro il était le fils d’un poète et juriste imminent. Ses parents furent tous deux arrêtés et torturés par l’inquisition, puis relâchés. Antonio da Silva fut lui-même un écrivain prolixe, auteur de nombreuses satires et de pièces comiques extrêmement critiques envers la société de son époque. En 1737, il fut arrêté avec sa mère et sa toute nouvelle femme par l’inquisition. Les femmes furent relâchées mais Antonio da Silva qui s’était fait de nombreux ennemis par ses écrits satiriques n’échappera pas à la torture prolongée. En 1739, il sera garroté et brûlé à Lisbonne. Sa femme, qui assistait à son exécution mourut peu après. Le sort tragique d’Antonio da Silva inspirera de nombreux écrivains brésiliens et Portugais.

À partir de l’indépendance du Brésil, en 1822, une nouvelle implantation juive commença. En 1824, un groupe de juifs marocains fonda une première synagogue à Belém. La deuxième sera fondée en 1889. Dans la deuxième partie du 19ème siècle, la plupart des juifs venaient de Russie et fuyaient la misère et les pogroms. Des organisations juives prenaient en charge leur installation dans des colonies agricoles. C’est ainsi, que comme en Argentine, plusieurs agglomérations totalement juives virent le jour.

Ce n’est qu’en 1891, que les lois restrictives contre les juifs cessèrent tout à fait. À partir de ce moment, on put construire librement des synagogues.

Au moment de la première guerre mondiale il y avait 5000 ou 7000 juifs au Brésil. Entre 1920 et 1930, le nombre de juifs augmenta considérablement et 28,820 vinrent s’installer au Brésil. A partir de 1930 des lois restrictives sur l’immigration comportant un système de quotas ethniques se mettent en place. Néanmoins 17500 juifs allemands trouvent refuge au Brésil entre 1933 et 1939. En 1940, le Vatican obtient du Brésil qu’il laisse entrer 3000 juifs allemands convertis au catholicisme.

Il y a aujourd’hui près de 170.000 juifs au Brésil. La société brésilienne très diverse reste imperméable à l’antisémitisme. Une trentaine d’écoles juives existent, la plupart d’orientation laïque. Il n’y a pas d’organisme centralisateur de la communauté juive, mais des fédérations. Il n’y a pas de rabbinat central, tous les courants du judaïsme coexistent et bien entendu le mouvement Massorti est très largement présent.

C’est un brésilien qui présida l’assemblée de l’ONU qui, en 1947, vota la création de l’État d’Israël. Les relations entre les deux pays sont excellentes et portent notamment sur la collaboration technologique et scientifique dans des domaines de pointe, y compris le nucléaire civil.

Yeshaya Dalsace

http://www.masortiworld.org/countri

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