TORAH & MITSVOT
Paracha : HAAZINOU

Haazinou

Par le Rabbin Philippe HADDAD

« Cieux prêtez l’oreille et je parlerai
Et que la terre entende les dires de ma bouche »

C’est par ces mots que Moché (notre maître, sur lui la paix) inaugure sa prophétie sous forme de chant adressé à tout Israël, et avant de bénir chaque tribu.
Il est intéressant de noter que la Torah commence par la référence aux cieux et à la terre :
« Au commencement Dieu créa les cieux et la terre » et que le plus grand prophète reprenne cette référence à son compte pour son dernier discours. Mais alors que dans le verset inaugural du Pentateuque, les cieux et la terre sont les éléments inertes crées par le Créateur, le décor de l’Histoire, voilà qu’ici ils sont personnifiés, puisqu’ils possèdent des oreilles. Rachi soulignera d’ailleurs cet aspect en affirmant que les cieux et la terre sont des témoins permanents vis-à-vis du peuple d’Israël.
En ce Chabbat Chouva, de repentir, qui précède Kippour, la leçon mérite d’être soulignée.

Science et Torah
La Bible ne s’intéresse pas à la science, et rien dans la Torah ne nous renseigne sur la réalité physique de l’univers qui nous entoure. Tous ce que nous savons du monde physique, nous le devons à la science, ou pour employer un langage religieux, nous le devons aux capacités intellectuelles que l’Eternel a placées dans l’homme en lui enjoignant de conquérir la terre. L’objet de la Torah n’est pas du tout d’offrir un cours de physique quantique ou de génétique appliquée ( la Révélation divine n’est pas utilitariste), mais d’apprendre aux hommes à servir l’Eternel. Si nous lisons dans la Genèse que le monde fut créé par le Créateur, c’est uniquement pour nous apprendre que le monde n’est pas identifiable à Dieu, et que la seule relation qui puisse exister entre le Créateur et sa créature ne peut passer que par une alliance (bérith), qui est un partenariat « visage à visage » pour reprendre l’expression biblique.

Porter le monde

Tel est le sens de la démarche de Moïse ici. S’adressant à tout Israël, il annonce que sur le plan moral les cieux et la terre, c’est-à-dire le cosmos, n’ont de sens que par la pratique des mitsvoth, en introduisant la justice et la charité dans tous les domaines de la vie. On connaît le mythe d’Atlas, cet homme condamné à porter le monde sur ses épaules. Pour le judaïsme, la condamnation est remplacée par la responsabilisation. La réalité physique suit son cours imperturbable depuis l’origine du monde, mais en acceptant le joug de la royauté divine, cette réalité prend une dimension nouvelle : elle est achevée par l’Homme.
Tout se passe comme si Dieu créait la nature et appelait l’homme à y introduire la morale révélée.

Valeur du Kippour
La semaine prochaine, les synagogues seront pleines de fidèles pour le grand jour du Pardon. Moment de crainte, si l’on prend au sérieux le sens de cette journée, mais moment de joie simultanément, car le pardon est offert à tout repentant.
Le monde de la nature ne connaît pas l’oubli, chaque cellule, chaque atome, porte la mémoire du monde, et si nous devions être jugés selon cette rigueur absolue, malheur à nous ! Mais la miséricorde divine transcende cette rigueur et recouvre (telle est l’étymologie de kippour) la faute, par notre effort d’amélioration.
Plus la mémoire sera ouverte, plus le pardon sera grand, car nous aurons alors prouvé que nous voulons vraiment être partenaire de Dieu, responsables des cieux et de la terre. Et que l’Eternel nous inscrive dans la livre de la paix

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